In Memoriam - 1989-2009 : Franco Luambo Makiadi est en terre depuis 20 ans
L'artiste ne meurt pas dit-on. Ou encore, il survive à travers ses oeuvres. C'est le cas de Luambo Makiadi Franco de mi amor, icône de la rumba congolaise contemporaine, disparu en 1989. Il y a donc vingt ans qu'il quittait le monde des vivants.
Cela fait deux décennies depuis la disparition d'un icône de la rumba congolaise, Franco Luambo Makiadi. Et depuis vingt années, les mélomanes congolais sont sevrés de cette rumba dite « odemba », entraînante, avec des textes durs, parfois crus, mais reflétant pleinement et sans détour le quotidien du Congolais, du Kinois en particulier, quelque soit sa classe sociale. Et pour se remémorer sa disparition, un concert sera organisé, ce samedi 10 octobre, à l'espace un, deux, trois dans la commune de Kasa-Vubu et à Bibwa dans la banlieue de Kinshasa. Il est prévu une visite à la tombe de l'illustre défunt le lundi 12 octobre au cimetière de la Gombe.
Luambo Makiadi avait marqué son époque, imprimé sa touche intrinsèque à la rumba congolaise contemporaine. A travers ses oeuvres amoureuses, satiriques, humoristiques, pamphlétaires, etc., Luambo savait toucher la corde sensible des mélomanes congolais et d'ailleurs. Dans son style populaire à la limite de la vulgarité, il réussissait facilement à peindre ses contemporains au travers de leurs défauts, leurs qualités, leurs manies... Maniant la critique à la limite de l'insulte, il savait aussi amadouer en même temps.
Il voit le jour le 6 juillet 1938 à Sonabata dans le Bas-Congo, à 100 km de Kinshasa, d'un père tetela (Kasaï oriental) et d'une mère kongo du district des Cataractes (Bas-Congo). A l'âge de 10 ans, LuaL'artiste ne meurt pas dit-on. Ou encore, il survive à travers ses oeuvres. C'est le cas de Luambo Makiadi Franco de mi amor, icône de la rumba congolaise contemporaine, disparu en 1989. Il y a donc vingt ans qu'il quittait le monde des vivants.mbo François est orphelin de père. A Léopoldville, il découvre le monde de la ville avec toutes ses contradictions. Luambo découvre les vertus de l'harmonica qui ne quittera plus ses lèvres grâce à un ami. L'adolescent va ensuite rencontrer Ebengo Dewayon qui lui apprend les premières notes et accords de la guitare. Après Ebengo Dewayon, un autre guitariste, Albert Luampasi, reprend le relaie pour faire du jeune Luambo un guitariste adulé. Totalement épris de l'art d'Orphée, il se concentre sur la guitare et enregistre à 15 ans quelques morceaux avec le groupe Waton de Dewayon.
NAISSANCE DE L'OK JAZZ
Le jeune Luambo Franco enregistre la chanson «Bolingo na ngaï Béatrice» au studio Loningisa avec le chanteur Bowane qui a pris le jeune Franco sous son aile. Mais Bowane s'en va à Luanda en Angola. Luambo et d'autres amis décident alors de former un groupe. Qquelques musiciens congolais de Brazzaville comme Pandy Saturnin (Tumba), Loubelo daniel, De la lune (guitariste) J. Serge Essous (saxo) viennent à leur rescousse. Ils font connaissance d'un certain Oscar Kashama qui les encourage et les prend en charge en leur offrant son bar «Chez Cassien» comme lieu de répétition. Le 6 juin 1956 naît «Ok Jazz», OK pour Oscar Kashama. Franco, Rossignol, Saturnin Pandy,
De la lune et Essou sont les premiers musiciens. Le nouveau groupe connaît un succès fulgurant. Mais en 1957, deux musiciens, Serge Essous et Landu Rossignol, quittent Ok Jazz. Mais deux nouveaux autres chanteurs du Congo Brazzaville, Célestin Nkouka et Edo Nganga, le remplacent. Ok Jazz sort trois chansons, notamment, «Aimé wa bolingo», «Joséphine», et «Motema na ngaï epai ya mama».
En 1958, les autorités coloniales arrêtent Luambo pour des raisons inconnues. Ok Jazz traverse alors une passe difficile, d'autant plus que le jeune Franco Luambo apparaît comme le leader du groupe. Mais Bolhen reprend le groupe. Mais les musiciens venus de Brazzaville retraversent le fleuve pour fonder les Bantous de la Capitale. Luambo sort de sa détention et retrouve Vicky Longomba. Celui-ci n'avait pas quitté le groupe lorsque Luambo était au trou. Ils lancent un recrutement. Et l'on note l'arrivée dans le groupe de Mulamboa Mujos, Tshamala Piccolo et Lutumba Simon alias Simaro Masiya.
C'est l'époque de l'indépendance et Luambo qui n'a pas été à la Table ronde de Bruxelles, s'affirme néanmoins comme une célébrité de la musique à Kinshasa. Les musiciens Kwamy et Verkys Kiamanguana Mateta, Youlou Mabiala et Michel Boyibanda viennent étoffer l'effectif de l'Ok Jazz qui enregistre des titres tels que «Mboka mo paya pasi», «Yamba ngai na leo», «Mobali ya ouilleur». Ces morceaux font tabac à Kinshasa.
LA GLOIRE
En deux décennies (70-80 et 80-90), Luambo Makiadi est au sommet de la musique. Seul maître à bord dans son orchestre, il sort de sa coquille pour imposer son leadership. Il instaure une politique de grandeur et attire auprès de lui tout ce que le pays compte de grands talents artistiques. Il vole de succès en succès. C'est l'apothéose. Luambo devient le musicien repère des grandes nuits présidentielles. Il amasse sans coup férir biens matériels et gloire spirituelle. L'OK Jazz est devenu le Tout Puissant OK Jazz.
La première décennie citée plus haut va marquer un grand tournant dans la vie de l'orchestre. Des musiciens de renom comme Sam Mangwana, Dizzy Mandjeku, Josky Kiambukuta, Ntesa Dalienst, Jo Mpoy, Ndombe Opetum Pépé et autres sont achetés à prix d'or pour venir grossir les rangs de l'orchestre. Ils viennent ainsi s'ajouter à Youlou, Boyibanda, Isaac Muzikiwa, Dessoin, Decca, Simaro et autres pour former le grand Ok Jazz.
Désormais l'orchestre est modelé à son image. Il en est l'inspirateur, il le hissera au rang des plus grands orchestres populaires de danse de l'Afrique noire. Les oeuvres à succès se succèdent à un rythme infernal. Il n'est plus conditionné par des pseudo-producteurs. Il a lui-même créé plusieurs marques pour produire les chansons de son groupe.
Déjà les musicologues retiennent et observent deux styles de musique qui s'opposent. L'un soutenu par l'African Jazz, c'est l'école Kalle dont le fidèle disciple sera Tabu pascal qui deviendra un peu plus tard Tabu Ley Rochereau le Seigneur. L'autre style est imposé par Franco. On parle désormais de deux écoles : celle créée par Kalle, et celle créée par Franco. Et ce sont ces deux styles de musique qui vont s'imposer tout au long des années jusqu'en cette période actuelle.
Les contrats pleuvent, les invitations se multiplient, Luambo est débordé. Homme d'affaires aguerri, il multiplie les investissements, des maisons de production, une maison de pression de disques et un investissement immobilier qui lui donne un charisme inégalable. C'est ainsi qu'il va créer son complexe «Un-deux-trois» dans la zone de Kasavubu, avant d'ajouter une aile qu'il baptisera «Mama Kouloutou».
En 1982, il décide de s'installer en Europe avec tous ses musiciens pour une durée indéterminée, mais tout en créant de nouvelles structures pour l'édition, la promotion et la production de disques. Tantôt à Paris, tantôt à Bruxelles, il croule sous le succès. Des titres comme «Non», «Très fâché», «Mamou», «Makambo nazali bourreau», «très impoli», «Lettre au DG», «Mario», sont des véritables philippiques qu'il distribue à la ronde comme des bouquets de fleurs tour à tour à la femme, aux intellectuels et à une certaine jeunesse. En 1983, le grand maître se rend aux Etats-Unis pour une grande tournée, où il confirme sa célébrité auprès des afro-américains. La diaspora négro-américaine l'accueille chaleureusement.
SA MORT
Au début de l'année 1988, il refait le voyage de Bruxelles pour aller subir des analyses et trouver la cause d'une maladie qui le rongeait de l'intérieur. Les rumeurs de sa maladie se font persistantes. On parle de cancer des os, d'insuffisance rénale, ou encore, pour les plus radicaux, de sida. Beaucoup vont le tuer dans l'imaginaire collectif avant qu'il ne le soit dans la réalité.
Malgré le mal qui le ronge, il parvient à enregistrer ses dernières chansons, avec l'envoûtante voix de Sam Mangwana et d'autres musiciens installés à Bruxelles. Son état va s'empirer, et il est hospitalisé à l'Hôpital Mont-Godinne, près de Namur en Belgique. Et la nuit du 12 octobre 1989, Luambo Makiado Franco de mi amor va rendre l'âme, laissant sa famille très éplorée et des milliers de mélomanes dans la consternation totale. Sa dépouille rentre à Kinshasa pour des funérailles grandioses, avant sa mise en terre au cimetière de la Gombe.
Copyright © 2009 Move225.com! Tous droits réservés.